Violences éducatives ordinaires (VEO) : parlons-en

VEO, parlons-en
Temps de lecture : 8 minutes

On en parle de plus en plus, depuis une dizaine d’années la lumière est faite autour des violences éducatives ordinaires, aussi nommées VEO. Culturellement banalisées depuis de nombreuses années, les professionnels de la petite enfance sensibilisent le grand public à l’arrêt de ces pratiques pouvant affecter durablement les enfants physiquement et psychologiquement.

Violences éducatives ordinaires ou VEO, qu’est-ce que cela veut dire ?

Les VEO sont des violences exercées physiquement ou psychologiquement. Voici une liste non exhaustive des différentes formes sous lesquelles elles s’exercent : la gifle, la fessée, tirer les oreilles ou les cheveux, donner des coups de pieds, saisir brutalement, pincer, bousculer, pousser, contraindre un enfant à rester dans une position inconfortable, cris, hurlements, humiliation, injures, menaces, chantage affectif, rejet ou culpabilisation des enfants. Les VEO peuvent être administrées par le corps éducatif et médical proche de l’enfant, mais également par son cercle familial.

Violences éducatives oui, mais pourquoi ordinaires ? Pour le comprendre, il est nécessaire de remonter à travers l’histoire et d’étudier la banalisation et l’acceptation de ces violences éducatives par notre société.

Les VEO à travers l’histoire

Les VEO, un comportement instinctif ou social ?

La violence éducative n’est-elle finalement pas un phénomène naturel, presque instinctif ? Et bien la réponse est non. En observant les bonobos, espèce de singes la plus proche de l’homme, Sarah Blaffer Hrdy (primatologue et anthropologue) a constaté que les mères ne punissaient pas leurs enfants. Frapper du plat de la main n’est d’ailleurs pas un geste connu des primates. Les seuls moments où les mères ont recours à des châtiments corporels violents contre leurs petits ont lieu lorsque ceux-ci sont adolescents et importunent leurs cadets.

Frapper les enfants n’a donc rien d’instinctif. C’est un comportement social, acquis par imitation.

La violence envers les enfants à travers le temps

Pour comprendre les racines de ces pratiques, revenons au temps des civilisations grecques et latines. Dans les écrits des grandes figures philosophiques et littéraires, l’éducation était déjà synonyme de violence. Aristote déclarait d’ailleurs que l’éducation se devait d’être “accompagnée de douleur” et que l’enfant qui a un comportement indésirable se devait d’être “battu”. Ménandre, auteur comique Grec, affirme dans une de ses comédies “Qui n’a pas été bien fouetté, n’a pas été bien élevé”.

À la Renaissance, les écrits préconisent des méthodes d’éducation plus douces, bien qu’il n’est pas pour autant question de renoncer aux châtiments corporels. Montaigne notamment écrit au sujet des collèges « Combien leurs classes seraient plus décemment jonchées de fleurs et de feuilles que de tronçons d’osier sanglants ». Pour autant, ses propos étaient une exception, dans cette société encore très empreinte d’adultisme. Citons notamment John Wesley, qui conseillait aux parents de briser la volonté de leur enfant en le fouettant jusqu’à dix fois.

Le premier vrai déclic eu lieu bien plus tard au XVIIIème siècle, grâce à Rousseau. L’auteur décrit le collège comme étant “une vraie geôle de jeunesse captive.” Il fût l’un des premiers à témoigner ouvertement d’un sentiment de révolte, éprouvé après avoir été violemment et injustement battu. Grâce à Confessions, il permettra une certaine libération de la parole autour du sujet de la maltraitance des enfants, encore tabou à cette époque. Les nombreux témoignages qui découleront de la lecture de son livre, inspireront d’ailleurs de grands théoriciens de la pédagogie comme Froebel ou Montessori.

VEO : que dit la loi ?

Malheureusement, au fur et à mesure des années, les différentes actions menées en faveur de l’interdiction des VEO trouvent très peu d’écho. Il faut attendre les années 1920, “pour que la répression des violences faites à l’encontre des enfants connaisse une prise en compte grandissante. Et encore, les condamnations restent légères” écrit J-C Caron. En 1989, les Nations Unies votent la Convention relative aux droits de l’enfant. L’article 19, notamment, demande à tous les états de protéger l’enfant contre toute forme de violence.

En 2019, la France enfonce un nouveau clou dans la longue et lente lutte contre les VEO et publie le 11 juillet la loi relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires, plus connue sous le nom de “loi anti-fessée”.

Mais qu’en est-il réellement aujourd’hui ?

Selon la Fondation pour l’enfance , 85% des parents ont recours à des violences dites éducatives. 9 parents sur 10 ont d’ailleurs recours à la “tape sur les fesses”, et 2/3 des parents déclarent “donner des petites gifles” au quotidien.

Violence conjugale, violence entre adultes ou actes de cruauté envers les animaux… Le code pénal français condamne fermement tout acte de violence précédemment cité. Seules les VEO subies par l’enfant de la part d’un adulte sont encore tolérées dans notre société.

Qu’entend-on par Violences Educatives Ordinaires (VEO) ?

Les violences éducatives ordinaires prennent 5 formes différentes :

  • Les violences physiques
  • Les violences psychologiques
  • Les violences culturelles
  • Les douces violences
  • Les maltraitances

Découvrez les listes non-exhaustives des différentes actions considérées comme des VEO.

Les violences physiques

Gifler, donner une tape sur la main, secouer, tenir les joues, mordre, pincer, laisser pleurer seul, forcer à goûter, manger ou finir son assiette, empêcher d’aller aux toilettes…

Violences éducatives ordinaires (VEO) | Fondation pour l'Enfance

Les violences psychologiques

Crier, faire les gros yeux, effrayer, mettre au coin, le laxisme, l’indifférence, punir, menacer, faire du chantage, rabaisser, humilier, se moquer, rire de l’enfant en détresse, mentir, comparer les enfants, donner des récompenses, critiquer ses amis ou ses goûts, ne pas arrêter de chahuter l’enfant lorsqu’il le demande, l’adultisme, …

Les violences culturelles

Donner des surnoms, faire à la place de l’enfant car il est trop lent, le mettre devant la télévision pour avoir la paix, …

Les maltraitances

Porter des coups avec un objet, douche froide, coups de pied, privation de nourriture, privation de soin, privation d’affection, humiliation, insultes, …

La liste des différentes VEO est encore longue. Mais quels sont les effets de ces actes sur le développement de l’enfant, de l’adolescent et même de l’adulte ?

Les effets des violences éducatives ordinaires (VEO) sur le développement de l’enfant

Chez l’enfant, les VEO peuvent engendrer :

  • Un risque d’agressivité dû à l’internalisation et l’externalisation de la violence par mimétisme dès 3 ans
  • Un risque d’anxiété ou de déprime dès 5 ans

À cela s’ajoute chez l’adolescent :

  • Un risque d’inscription de la violence dans le patrimoine génétique
  • Un risque de réduction du quotient intellectuel et de décrochage scolaire
  • Un risque d’apparition de troubles psychiatriques (troubles d’humeur, anxiété, addictions, tendance suicidaire,…)
  • Et un risque de harcèlement scolaire

Et les effets ne s’arrêtent pas là puisque chez l’adulte s’ajoute encore des effets secondaires :

  • Risque de maladies somatiques et d’atteinte de la mémoire
  • Risque de problèmes sexuels et de pratiques sexuelles déviantes
  • Risque d’hyperactivité et de troubles du langage
  • Sentiment d’insécurité et de stress
  • Risque de troubles de la personnalité
  • Risque de perte de l’estime de soi et d’isolement social

Nos conseils pour changer de regard sur l’éducation, et s’orienter vers une éducation NVEO

Si vous souhaitez évoluer vers plus de bienveillance au quotidien et vous diriger vers une éducation NVEO (sans violences éducatives ordinaires), voici 5 conseils pour changer de regard, entrevoir et accepter un autre mode de fonctionnement avec votre enfant :

Être à l’écoute et accompagner

Caprices, provocations, … Soyez à l’écoute lorsque votre enfant s’exprime. Aidez-le à mettre des mots sur ses sentiments, et accompagnez-le dans son développement.

Parler autrement

Apprenez à être plus positif lorsque vous échangez avec votre enfant. Cela permet de développer sa personnalité et sa confiance. Le sentiment de sécurité est essentiel à son développement. On dira “Je préfère que tu me donnes la main pour ta sécurité” plutôt que “Ne marche pas tout seul sur le bord de la route”. Petit bonus : vous verrez rapidement que vous serez vous aussi bien plus positif au quotidien !

Accepter les aléas du quotidien

L’enfant a sans cesse besoin d’expérimenter, de tester ! À ce titre, il ne fait pas de “bêtises”, mais expérimente plein de choses chaque jour avec plus ou moins de succès. Cette quête de savoirs induit des petits incidents : un verre d’eau renversé, de la nourriture par terre… Cela fait parti du “package enfant”, il faut les accepter.

Énoncer clairement les règles de vie

Pour maintenir un cadre de vie harmonieux, il est primordial de transmettre des règles de vie à votre enfant. Ces dernières doivent être énoncées clairement, sans avoir recours à la menace, au chantage ou encore à la punition. La compréhension de ces règles est faite de succès, d’erreurs et d’expérience. Dans tous les cas, rappelez-vous que votre enfant apprend.

Gérer sa propre colère

Un enfant qui pleure, qui crie, qui se roule par terre… Dès que les premiers signes de colère et les premières pensées violentes vous envahissent, prenez immédiatement du recul sur la situation. Respirez, éloignez vous si besoin, et essayez de comprendre pourquoi votre enfant a eu ce comportement.

Si vous vous sentez en difficulté, surtout, demandez de l’aide.
Ayez recours à de l’aide externe grâce à votre famille ou vos amis qui pourraient vous soulager en gardant votre enfant quelques heures, faites appel à la PMI (service de Protection Maternelle et Infantile) la plus proche de chez vous pour des conseils, et n’hésitez pas à consulter un psychologue si vous en ressentez le besoin. Être accompagné et soutenu peut vous éviter un burn-out parental, ou des gestes regrettables.

Aussi, si le sommeil de bébé est compliqué, retrouvez tous nos conseils, juste ici.

 


Sources :
https://www.oveo.org/histoire-de-la-violence-educative/

https://www.fondation-enfance.org/

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